Les valeurs sûres dans le domaine de la visualisation des données – Les tableaux

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Toujours dans le but de vous aider à identifier les lacunes des affichages graphiques qui peuplent vos lectures et pour faire suite à mes articles précédents, voici mon article de la semaine.

Tout le monde connait et a déjà entendu la phrase « Moins, c’est plus ». Tout le monde y croit, mais est-ce qu’on l’applique comme on devrait ? La panoplie de graphiques disponible nous embrouille parfois l’esprit, car on a souvent tendance à utiliser des graphiques là où ils ne sont même pas requis. Il faut se poser la question, si le détail des données est absolument nécessaire, peut-être un graphique n’est-il pas la solution.

Mais attention, même lorsqu’un tableau est utilisé, certains ont tendance à ajouter des détails inutilement, comme pour remplir l’espace. Comme si le vide était synonyme de pauvreté. Le mot d’ordre devrait pourtant être; Simplicité.

Les tableaux ou comment appliquer la simplicité volontaire

Cette fois-ci, deux rapports annuels seront nécessaires pour expliquer mon propos. Dans un premier temps, le rapport annuel 2014 de Nestlé, où on retrouve à la page 46 un graphique qui demande une certaine réflexion (figure 1). Ce type de graphique doit démontrer visuellement la répartition de plusieurs éléments selon deux axes. Cela permet normalement de faire ressortir les leaders ou les exceptions sur ces axes. Dans cet exemple, comme il n’y a que trois valeurs, le graphique est pauvre en enseignement. Et en regardant bien, toute l’information est présente à la droite du graphique, dans la légende. Un simple tableau (figure 2) avec la même information aurait probablement suffi.

Figure 1 et 2

Figure 1 et Figure 2


Si la légende se doit d’être détaillée, il faut sérieusement se demander si un tableau ne serait pas mieux que le graphique qu’elle accompagne.


À la page 44 du même rapport, nous retrouvons le tableau reproduit ci-dessous à gauche (figure 3). Celui-ci intègre des éléments graphiques, ce qui dans certains cas peut faire ressortir des informations importantes. Au premier coup d’œil, le tout semble efficace. Mais en regardant bien, on se rend compte que les barres ne servent à rien. Pas seulement parce que l’information est écrite tout près, mais parce que visuellement, il est impossible de comparer les barres entre-elles puisqu’elles ne sont pas vis-à-vis les unes des autres. À droite (figure 4), un exemple de comment le graphique pourrait être amélioré. Mais est-ce que ces barres ajoutent réellement de la valeur ?

Figure 3 et 4

Figure 3 et Figure 4

En fait, elles sont carrément inutiles. Ce qui pourrait par contre être un ajout judicieux, c’est la variance entre 2013 et 2014. Il aurait aussi été possible d’insérer entre 2013 et 2014 une colonne pour les ventes et une autre pour les achats. Il aurait ainsi été facile de savoir dans quelle partie du monde les achats et ventes de fabriques se sont produits.


Lorsque la décision est prise d’utiliser un tableau, il faut s’assurer que l’information qu’on y insère est vraiment nécessaire et que celui-ci reste lisible.


Le second rapport annuel qui servira pour mon exemple, est celui de BMW, toujours pour 2014. À la page 30, le tableau suivant (figure 5) nous permet d’apprécier les ventes de véhicules selon les modèles vendus. Bien qu’il faille les féliciter pour l’utilisation d’un tableau, il faut se questionner sur l’ajout de lignes inutiles, qui font le lien entre les données d’une colonne à l’autre. Il s’agit ici d’encre non-informationnelle. C’est-à-dire, de l’encre qui ne représente pas une donnée et qui est donc superflue.

Figure 6

Figure 5

La solution ne sera pas donné ici mais celle-ci inclu, en plus du retrait des lignes inutiles, un léger fond gris en alternance d’une ligne à l’autre. Le retrait du soulignement des totaux est aussi à considérer.

En plus de l’encre non informationnelle, une autre façon d’améliorer ce tableau, aurait été de changer l’ordonnancement des lignes. Pourquoi ne pas mettre les modèles les plus vendus dans le haut de la liste, du plus populaire à celui qui l’est moins ? Encore mieux, ceux dont les ventes ont le plus augmentés, même si ce ne sont pas les meilleurs vendeurs.

Mais attention, ce tableau a un point fort, il faut l’admettre. L’alignement des colonnes répond parfaitement aux bonnes pratiques.


Les principes d’alignement du contenu des colonnes sont les suivants : Le texte doit être aligné à gauche, les nombres alignés à droite. Si toutes les occurrences d’une colonne ont le même format et la même longueur, comme une date de format AAAA-MM-JJ, il est possible de les centrer. Attention, le libellé contenu dans l’en-tête de colonne doit toujours être aligné de la même façon que les données qu’il identifie.


Donc, vous aurez compris que le choix du type d’affichage est important et que l’utilisation d’un graphique n’est pas toujours de mise, mais attention de ne pas pécher par excès de simplicité.

Le contexte peut tout changer, comme démontré ci-dessous (figure 6) à partir d’un pictogramme présent dans le rapport de Nestlé. Toujours mentionner ce qui est mesuré, l’unité de mesure (la devise si applicable) et le contexte. Il faut situer la mesure, sinon, ce n’est qu’un chiffre et ça ne veut rien dire.

Figure 8

Figure 6

Le monde de la visualisation de l’information est plein de pièges et parfois, l’atteinte ou non de nos objectifs lors de la conception d’un graphique ou d’un tableau tient à bien peu de chose.

Pour finir, comme d’habitude, je vous invite à me faire part de vos trouvailles. Celles-ci pourraient mener, éventuellement, à un prochain article.

Vous avez apprécié cette lecture ? Voici les différents articles de cette série sur les valeurs sûres dans le domaine de la visualisation de données :

» Les valeurs sûres dans le domaine de la visualisation de données – Les courbes

» Les valeurs sûres dans le domaine de la visualisation de données – Les barres horizontales

» Les valeurs sûres dans le domaine de la visualisation de données – Les histogrammes

» Les valeurs sûres dans le domaine de la visualisation des données – L’encre informationnelle

Photo : LifeOfPix

auteur de l

Publié par: Karine Martel

Rédactrice de blogues depuis plusieurs années, je suis aussi formatrice et conférencière. Ayant une grande passion pour la visualisation de l'information, c'est ce sujet que j'aime principalement aborder.

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