Maximiser la valeur des données : Une entrevue avec Nicolas Morisset
Dans un contexte où la donnée occupe une place centrale dans la transformation numérique des organisations, il devient essentiel de comprendre les enjeux liés à sa gestion et à son cycle de vie. Cette entrevue avec notre collègue Nicolas Morisset met en lumière les défis, les évolutions et les bonnes pratiques pour tirer pleinement parti de ce nouvel actif stratégique, tout en assurant une gouvernance responsable et durable. Bonne lecture !
Présentation
Intervieweuse
Bonjour Nicolas ! Peux-tu nous dire qui tu es et quel est ton rôle chez ADNia propulsée par COFOMO ?
Nicolas M.
Je suis Nicolas Morisset. J’œuvre dans le domaine des données depuis plus de 25 ans, comme modélisateur, architecte de données et architecte d’information, autant sur des systèmes opérationnels que des entrepôts de données et des initiatives de valorisation. J’ai travaillé dans plusieurs secteurs, notamment financier, gouvernemental et immobilier.
Depuis une dizaine d’années, je me spécialise davantage en gouvernance des données, particulièrement autour des rôles, des responsabilités et des pratiques qui encadrent leur utilisation.
Intervieweuse
Depuis combien de temps es-tu chez ADNia ?
Nicolas M.
Ça fait cinq ans officiellement, mais près de quinze ans que je collabore avec des gens d’ADNia.
Pourquoi parle-t-on autant des données aujourd’hui ?
Intervieweuse
Pourquoi tu penses qu’on parle autant de données aujourd’hui?
Nicolas M.
C’est un souhait pour des gens comme moi, qui travaillent dans le monde des données depuis longtemps, qu’on commence enfin à reconnaître la donnée comme un actif stratégique, et non plus seulement comme un sous-produit des systèmes. Cette prise de conscience est liée à plusieurs facteurs, l’évolution technologique, les transformations numériques, mais aussi le cadre législatif, surtout avec les exigences croissantes en matière de protection des renseignements personnels, comme la loi 25 au Québec.
Ces évolutions visent deux objectifs, mieux protéger les données, tout en en tirant davantage de valeur. L’enjeu est de briser les silos, de décloisonner l’information, afin de la rendre utilisable de façon sécuritaire.
L’intelligence artificielle accentue encore ce besoin, les données en sont le carburant, tant pour l’entraînement que pour l’usage opérationnel. Ça place la qualité et la gestion des données au centre des préoccupations.
Évolution des usages
Intervieweuse
Qu’est ce qui a changé dans la manière dont les organisations utilisent leurs données depuis une dizaine d’années?
Nicolas M.
Selon les secteurs, l’évolution ne se fait pas au même rythme, mais globalement, on tend vers une utilisation plus proactive des données.
On souhaite aller au-delà des rapports statiques et utiliser les données pour soutenir les décisions stratégiques, tactiques et même opérationnelles, souvent en temps quasi réel, directement par les gens d’affaires.
Comme produire, stocker et diffuser les données coûte cher, il devient essentiel de les décloisonner et de maximiser leur valeur d’usage.
Cycle de vie des données : de quoi parle-t-on ?
Intervieweuse
Qu’entend-t-on par cycle de vie des données et quels sont les principaux jalons ou étapes de ce cycle ?
Nicolas M.
Le cycle de vie des données reflète le fait que la donnée est une ressource vivante, non statique. Elle suit un parcours à travers l’organisation, et parfois plusieurs organisations (ex : l’écosystème gouvernemental), sous forme de boucles plutôt que de phases linéaires.
Ce cycle commence bien avant la collecte, avec une intention, un besoin d’affaires. La donnée est ensuite créée, structurée, utilisée, partagée, transformée, parfois pour des usages non prévus initialement, jusqu’à son archivage ou sa suppression.
L’élément central du cycle demeure l’utilisation. Contrairement à d’autres ressources, la donnée ne disparaît pas quand on l’utilise ; elle peut générer de la valeur à chaque nouvel usage, ce qui en fait un actif unique.
L'essentialité de la gestion du cycle de vie
Intervieweuse
Pourquoi la gestion du cycle de vie des données est-elle devenue un incontournable pour les organisations?
Nicolas M.
Sans gestion, on finit par se noyer dans une surabondance de données. Beaucoup d’organisations conservent des volumes importants d’information sans réellement les utiliser, ce qui représente un coût important, tant financier qu’opérationnel.
Au-delà des coûts, il y a les risques : atteintes à la confidentialité, problèmes de sécurité, mauvaise qualité des données, désinformation, décisions erronées et atteinte à la réputation. Certaines données, notamment en santé ou financières, peuvent avoir des conséquences graves si elles sont mal gérées.
Une bonne gestion vise donc à avoir la bonne donnée, au bon moment, pour la bonne raison et pour la bonne personne.
Défis majeurs
Intervieweuse
Quelles sont les principaux défis rencontrés par les organisations dans la mise en place d’une gestion du cycle de vie des données ?
Nicolas M.
Le principal défi n’est pas technologique, mais humain. La donnée est abstraite, on ne la voit pas circuler, ce qui rend son parcours difficile à comprendre et à maîtriser. Elle traverse des systèmes, des organisations et parfois des juridictions, ce qui complexifie sa gestion.
Comme la valeur de la donnée est difficile à mesurer et à attribuer directement, il est aussi plus difficile de convaincre qu’il s’agit d’un investissement et non d’un simple enjeu de conformité.
Bonnes pratiques et démarrage
Intervieweuse
Quelles sont les bonnes pratiques pour bien gérer le cycle de vie ?
Nicolas M.
La première étape est de mieux connaître ses données : comprendre lesquelles sont collectées, où elles circulent et à quelles activités d’affaires elles sont liées.
Ensuite, il faut briser les silos et clarifier les rôles et responsabilités en gouvernance. Plusieurs personnes contribuent au cycle de vie des données, parfois sans en être conscientes.
Pour commencer, il est préférable d’adopter une approche itérative : cibler un sous-ensemble de données, souvent des données de référence, et bâtir progressivement une maturité organisationnelle.
Perspectives et message aux dirigeants
Intervieweuse
Comment vois-tu l’évolution de la gestion des données dans les prochaines années ?
Nicolas M.
La reconnaissance de la donnée comme un actif à part entière va continuer de s’accentuer, notamment avec les enjeux de sécurité, de souveraineté numérique et d’intelligence artificielle.
L’IA pourrait d’ailleurs jouer un rôle clé, en aidant à mieux comprendre les parcours des données, à détecter des problèmes de qualité et à renforcer leur gouvernance.
Intervieweuse
Pourquoi ce sujet doit-il être une priorité dès maintenant pour les dirigeants ?
Nicolas M.
Parce que la gestion du cycle de vie des données est un facteur de résilience dans un monde instable et en transformation rapide. Elle permet de mieux contrôler les risques, les coûts et la qualité, tout en devenant un véritable avantage concurrentiel.
Des outils d’IA ont été utilisés pour raccourcir le texte de l’entrevue